La grotte et le tambour — la naissance d'un son
«Il y a un territoire au Pays Basque. Sauvage. Habité par les esprits plus que par les humains.
Je l'ai parcouru à pied pendant des mois. À la recherche de la grotte.»

On baisse la tête pour entrer.
Ce n’est pas anodin.
Le corps le sait avant l’esprit.
Quelque chose demande à être traversé autrement — plus lentement, avec moins de certitude.
La roche est froide. Humide. Très ancienne.
À l’intérieur, le silence n’est pas vide.
Il a une texture. Une densité.
Comme si l’air lui-même se souvenait de tout ce qui avait résonné là depuis des millénaires.
J’ai frappé le tambour pour la première fois dans cet espace.
Le son est parti.
Il a touché la pierre.
Il est revenu différent.
Transformé par quelque chose que je ne saurai jamais nommer.
Quelque chose d’ancien et de vivant à la fois.
C’est là que j’ai compris ce que je fabriquais.
Pas un instrument.
Un passage.
La grotte est à quelques minutes de l’atelier. Je n’en dirai pas davantage. Certains lieux se protègent en se taisant.
Ce que j’en rapporte se trouve dans le bois, dans la peau tendue, dans le silence entre deux frappes.
Chaque tambour chamanique que je fabrique porte quelque chose de cette profondeur-là.

Matthieu — Atelier Tambours Sacrés, vallée d'Hergarai, Pays Basque