Le Chevreuil et le Premier Tambour — Notre Histoire Fondatrice
Par Matthieu Chalet-Mathoulin, artisan fabricant de tambours chamanique au Pays Basque

Il y a dix ans, Emma Mathoulin et moi créions notre premier tambour.
Nous ne le savions pas encore, mais ce jour-là, une aventure allait naître — celle qui est aujourd'hui au cœur de chaque création de Tambours Sacrés.
La rencontre
Tout a commencé sur le bord d'une route, en Soule, au Pays Basque.
Emma aperçoit un chevreuil percuté, gisant sur le bas-côté. Elle est immédiatement subjugués par la beauté de l'animal. Impossible de passer son chemin.
Emma décide de l'emmener à la maison.
Ce n'était pas un réflexe de chasseur, ni un geste utilitaire. C'était un élan du cœur — le désir profond d'honorer cet animal, de transcender sa mort, d'en faire quelque chose de beau.
Emma le photographie longuement. Elle en fera plus tard une gravure. Nous le disposons sous un pommier et le couvrons de fleurs.
L'honneur rendu
Au petit matin, je le dépèce et le découpe soigneusement. Je cuisine les morceaux consommables — rien ne se perd. Je réserve la peau, salée avec soin.
Puis je pars déposer les restes sur la montagne d'Ahusky, là où vivent les vautours.
Ce que j'ai vu là-haut reste gravé en moi : une curée impressionnante, les grands oiseaux tournoyant et fondant sur leur repas dans un ballet à la fois brutal et majestueux. Une image de transmutation pure. La mort qui nourrit la vie. Le cycle qui continue.
La veillée
Quelques semaines plus tard, lors d'une veillée d'hiver, Emma et moi commençons à épiler la peau en grattant avec un couteau.
Je me souviens de notre joie à ce moment-là. La joie simple, presque enfantine, de voir apparaître peu à peu la peau sous nos doigts. Comme une révélation. Comme si l'animal nous offrait quelque chose d'intime et de précieux.
Impatient, comme je le suis souvent, je ceintre à la main une planche fine de frêne — le même geste que j'avais appris quand j'étais berger, pour fabriquer les colliers de cloches des vaches et des brebis dans les Pyrénées.
Et dans la foulée, j'assemble celui qui deviendra notre premier tambour.
Le "patient zéro"
Il était imparfait, bien sûr.
Les premiers temps, il me fallait monter et démonter chaque tambour pour trouver le bon réglage. C'est un parcours d'autodidacte, et ce premier tambour a été ma plus grande école.
Mais il portait en lui tant de promesses, tant de potentiel.
Plus qu'un objet, ce tambour est le témoin vibrant d'un acte avant tout poétique. Notre patient zéro. Notre ancêtre.
Il est toujours là, avec nous. Il continue de nous redonner, encore et encore.
L'esprit qui demeure
Depuis, les tambours chamaniques pyrénéens ont beaucoup évolué. Les techniques se sont affinées, les matériaux se sont diversifiés, les créations se sont enrichies.
Mais notre chevreuil est toujours là. Il nous accompagne et nous rappelle chaque jour que chaque tambour porte l'esprit de l'animal — qu'il est une transmutation, un pont entre la vie, la mort et la vie.
Merci à toi, beau chevreuil, pour tout ce que tu m'as donné. Et pour tout ce que tu me donnes encore.
