Comment j'ai développé ma méthode de fabrication

Comment j'ai développé ma méthode de fabrication

Un premier tambour imparfait qui a tout déclenché

Mon aventure avec les tambours chamaniques a commencé par un échec. Mon tout premier tambour, fabriqué en peau de chevreuil, ne me satisfaisait pas. Trop de défauts. Trop de questions sans réponse. Mais c'est précisément cet instrument imparfait qui a tout déclenché.

Je me suis mis en relation avec les chasseurs de mon village pour récupérer des peaux. J'ai acheté mes premières planches de bois. J'ai commencé à expérimenter, à tâtonner, à chercher. Les premiers cadres à facettes sont nés de cette période — une technique que j'allais progressivement faire mienne.

Le premier stage — et les premières leçons

À cette époque, j'accompagnais le Camp des Enfants, un projet itinérant autour de la mythologie basque, des lieux sacrés et des grottes du Pays Basque. C'est dans ce contexte que j'ai réalisé le tout premier stage de création de tambours.

Ces premiers tambours ne me satisfaisaient pas. L'hiver qui a suivi a été décisif. J'ai passé des semaines entières à démonter ces instruments entièrement, pièce par pièce. Je cherchais à corriger les défauts. Je cherchais à percer le mystère du son du tambour.

Ce que j'ai compris pendant cet hiver-là, c'est qu'un tambour n'est pas un objet simple. C'est un système — où chaque élément interagit avec les autres. Le bois, la peau, les liens, la tension, l'arrondi du cadre, la zone de contact entre la peau et le bois. Tout compte. Tout influence le son.

L'apprentissage par l'erreur, le chemin de l'autodidacte.

Je n’ai pas appris la fabrication des tambours dans une école ni auprès d’un maître unique. Mon apprentissage s’est construit autrement : en fabriquant, en démontant, en ratant, en réparant.
Chaque erreur m’a obligé à comprendre quelque chose de plus. Pourquoi un cadre travaille. Pourquoi une peau se détend. Pourquoi certains tambours sonnent creux et d’autres vibrent longtemps.
Avec le temps, j’ai compris qu’être autodidacte ne signifie pas apprendre seul. Cela signifie apprendre directement au contact du réel — de la matière, des échecs, des instruments des autres, et des problèmes concrets que pose la fabrication.
C’est cette recherche expérimentale, patiente et empirique, qui a façonné ma méthode.

De la solidité au son — une progression naturelle

Ma méthode s'est construite en deux temps.

D'abord, j'ai pensé le tambour en termes de solidité et de robustesse. Un instrument qui ne tient pas dans le temps n'est pas un bon instrument, quelle que soit sa sonorité. J'ai cherché les assemblages les plus solides, les liens les plus durables, les zones de contact les mieux travaillées.

Ensuite, une fois la solidité maîtrisée, j'ai pu me concentrer sur le son. La sonorité. Les harmoniques. Le sustain. Ce moment — où l'on passe de la construction à l'acoustique — a été une révélation.

J'ai découvert que le cadre à facettes, que j'avais adopté au départ par nécessité pratique, produisait une sonorité particulièrement riche. Plus colorée que les tambours cintrés. Avec des harmoniques plus présentes. Et ce sustain — cette tenue du son dans le temps — qui distingue immédiatement mes instruments.

Quatre familles de tambours, quatre philosophies

Au fil des années, ma méthode a évolué vers quelque chose que je n'avais pas anticipé : non pas une manière de faire les tambours, mais plusieurs.

Aujourd'hui je fabrique quatre grandes familles d'instruments, chacune avec sa propre ergonomie, sa propre prise en main, sa propre intention :

Les Tambours Sacrés et Tambours Pyrénéens — avec leur dragonne positionnée devant le cœur. Une prise en main Yin, douce, réceptive. On glisse la main entre le cœur et la poignée.

Les Tambours Archaïques — avec leur poignée en croix ou en étoile. Le joueur agrippe la croix. Une prise en main Yang, active, affirmée.

Les Tambours Boucliers — dont la poignée est une branche en bois naturel. Une prise en main Yang, puissante, enracinée dans la matière.

Les Tambours Jumeaux — à double peau, conçus pour être joués assis dans les huttes de sudation. La poignée permet simplement de stabiliser l'instrument pendant le jeu.

Chaque famille répond à un usage, à une pratique, à une intention différente.

Des instruments qui évoluent avec leur joueur

Une des choses qui me tient le plus à cœur, c'est la durabilité de mes instruments dans le temps.

Un tambour peut se détendre. Un coup de chaleur, des variations thermiques importantes, ou simplement le temps qui passe — et la peau perd sa tension, le son se transforme. C'est pour ça que j'ai développé, pour ma gamme Tambours Sacrés, un système de liens en chanvre inspiré des djembés africains, qui permet de retendre le tambour facilement grâce à une clé adaptée.

Je reprends les tambours et les retends. C'est un engagement que je prends avec chaque client — votre instrument est conçu pour durer, et pour évoluer avec vous.

Ce que cette méthode m'a appris

Si je devais résumer ce que dix ans de fabrication de tambours m'ont enseigné, ce serait ceci :

Un bon tambour est le résultat d'une pensée globale. La solidité, la sonorité, l'esthétique et l'ergonomie ne sont pas des qualités séparées — elles se construisent ensemble, se renforcent mutuellement, ou se nuisent si l'une est négligée.

Et la meilleure école, ce sont les erreurs. Les miennes. Celles des autres. Chaque tambour démonté, chaque défaut identifié, chaque mystère percé m'a rendu un peu meilleur.

C'est ce savoir-faire — éclectique, expérimental, profondément ancré dans le territoire du Pays Basque — que je transmets aujourd'hui dans mes stages et dans chaque instrument que je fabrique.

Matthieu Chalet — Tambours Sacrés, Bascassan, Pays Basque

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