La grotte de Lourdes
«Ce texte est le récit d'une nuit, et de plusieurs mois qui ont suivi. Et de tout ce qui a suivi après... »

L'été 2013, je ne pouvais pas être berger. Un contexte familial m'empêchait de rejoindre les estives, de m'occuper des troupeaux. J'ai travaillé cet été-là à Lourdes, serveur à l'hôtel de la Solitude. Mes deux chiens m'accompagnaient. Ni appartement ni camping ne les acceptait. J'ai décidé de dormir dehors.
Un soir, je roulais dans mon camion. C'était la nuit, je cherchais où m'installer. Et j'ai vu une lumière bleue devant moi. Pas une explication. Une direction. Je me suis laissé guider jusqu'à ce que le camion ne puisse plus avancer.
Je suis sorti. J'ai continué à pied. J'ai longé des parois de roche dans une forêt, monté une pente abrupte, escaladé trois mètres de rocher. Je suis entré dans une forêt de buis.
Et là, elle m'est apparue.
Trois petites cavités côte à côte, sous une grande voûte qui protégeait entièrement des intempéries. Je suis retourné chercher mes affaires. Je me suis installé pour la nuit.
J'y suis resté plusieurs mois.
Quelque chose avait commencé. Je ne savais pas encore quoi.
Chaque matin, je descendais à travers la forêt de buis, longeais la paroi, traversais une prairie, franchissais une petite échelle qui basculait dans la propriété de l'imprimerie du sanctuaire. Je traversais un calvaire pour rejoindre Lourdes — à deux pas seulement de l'un des lieux les plus visités du monde.
À l'hôtel, je passais au vestiaire des cuisiniers. Je me lavais, me rasais, retirais le calcaire. Une lingère me prêtait le fer à repasser. J'entrais dans cet hôtel quatre étoiles en venant de traverser des couches de temps que personne autour de moi ne pouvait imaginer.
Et chaque soir, je revenais.
En rentrant, je passais par le sanctuaire. Les pèlerins avaient défilé toute la journée, laissé leurs bougies de procession, leurs cires consumées à demi, abandonnées comme des déchets. Je les récupérais. Ces offrandes que les foules avaient laissées sans savoir où elles iraient brûler. Je remontais avec elles vers la grotte.
Et chaque soir, j'éclairais toute la voûte avec ces restes.
Les flammes tremblaient. Sur la paroi, les formes s'animaient — comme à Chauvet, comme dans toutes les grottes ornées où les hommes du Paléolithique avaient compris que la lumière vacillante donnait vie aux images gravées dans la roche. Faire danser les parois avec le feu. Peut-être la plus ancienne technique du monde. Peut-être la plus ancienne prière.

Ces bougies-là éclairaient. Elles animaient. Elles faisaient vivre la voûte d'une vie collective, anonyme, venue de partout et de nulle part.
Mais au fond de la cavité en forme de vagin, c'était autre chose.
Cette cavité s'ouvrait dans la roche comme un sexe féminin — un orifice étroit, bas, qui invitait à se baisser, à ramper, à entrer dans toute sa nudité et son humilité. On ne pouvait pas y entrer debout. Il fallait se baisse et se laisser accueillir par la roche.
Là, au fond, je plantais un grand cierge de neuvaine.
Un cierge choisi. Posé seul dans l'obscurité de la pierre. Il brûlait pendant plus de dix jours — sans témoin, sans regard, dans le silence absolu de la roche. Il travaillait. Il portait la prière, la tenait, la maintenait tendue comme un fil entre moi et ce qui n'existait pas encore. Pendant que je descendais à l'hôtel, que je servais, que je vivais dans le monde des autres — lui brûlait. Continuait. Ne lâchait pas.
Quand il s'éteignait, j'en rapportais un autre.
La prière ne s'interrompait jamais.
Ce n'était pas la même lumière que celle de la voûte. Les bougies des processions animaient, faisaient danser, célébraient. Le cierge de neuvaine, lui, priait. Seul. Dans le ventre de la roche. Avec une intensité que je ne savais pas encore nommer, mais que je sentais peser dans mes mains chaque fois que je le posais.
C'était un appel à la fécondité. Une prière adressée à ce qui n'était pas encore là.
Je sentais que j'appelais des enfants, une vie, une suite. Ce qui allait venir prendre la relève, naître, continuer. Je ne savais pas quand. Je ne savais pas comment. Mais la prière savait. Elle travaillait dans l'obscurité de la pierre pendant que moi j'ignorais encore ce qu'elle construisait.
Cette grotte était un ventre.
Et moi j'y déposais ma lumière, mes prières, ma nudité, comme une semence.
C'est aussi cet été-là qu'Emma et moi avons commencé notre histoire.
Je retourne parfois dans cette grotte. Le cierge n'y brûle plus. Mais quelque chose continue d'y tenir — une intensité déposée là, couche après couche, nuit après nuit, pendant des mois. Une prière qui a traversé les années, qui a précédé tout ce qui est venu ensuite. Les enfants. L'atelier. Les tambours chamaniques pyrénéens. Emma et ses gravures. La vallée d'Hergarai et toutes les grottes rencontrées depuis.
Peut-être que toute intention suffisamment tenue finit par prendre forme dans le monde.
La Grotte Sonore de l'atelier porte quelque chose de cet été-là. Une même idée : qu'il existe des cavités dans le monde où quelque chose se dépose, travaille dans l'obscurité, et finit par résonner.
Matthieu — Etxebestia, vallée d'Hergarai