Rencontre avec Matthieu : questions réponses autour du tambour

 

- Quel est ton parcours ? Qu’est ce qui t’a amené à la fabrication de tambour ?

 (rires) J’ai eu un parcours assez chaotique, j’ai mis énormément de temps à me trouver, j’ai exploré  beaucoup de choses, notamment dans les métiers artistiques, dans la musique en particulier mais  sans jamais trouver ma place, sans trouver de vraie satisfaction.  

Je suis passé par une école de cirque et j’ai été musicien pendant 10 ans avant de découvrir  presque par hasard le métier de berger en montagne, que j’ai embrassé pendant 4 ans et qui m’a  mené dans les Alpes puis dans les Pyrénées. Pendant cette période, j’ai totalement arrêté la  musique.  

S’en sont suivi problèmes de santé et naissance de mon premier enfant : des chamboulements et  une accumulation de problématiques de vie qui cherchaient à être résolues et qui m’ont mené à  la rencontre du tambour. En somme, c'est le symptôme qui m’a guidé vers le tambour.

J’ai entamé un travail personnel indispensable vers un chemin de guérison, l’objectif à ce moment-là était simple : RESTER VIVANT.  

Cette introspection m’a fait passer par des cérémonies dans des huttes de sudation, où les chants  étaient ponctués par le tambour qui est devenu le symbole de cette guérison. 

J’ai vécu cette rencontre avec l’instrument comme un appel puis j’ai décidé de créer MON  tambour. Le premier terminé, je me suis dit « Non, ce n'est est pas le mien », alors j’ai  recommencé, puis recommencé encore… Et aujourd’hui j’en fabrique tous les jours ! 

 

- Ton premier souvenir de tambour ? Qu’est ce que cela fait résonner en toi ? 

- Je suis dans une hutte de sudation, il fait noir, chaud, humide.  

Mon cœur tape très fort : boum boum, il bat dans ma poitrine, j’entends le tambour : boum  boum, je suis en transe, je ressens une osmose parfaite, je ne sais plus si c’est le tambour ou mon  cœur que j’entends.  

C’est une expérience qui relie à l’âme et qui reconnecte à l’origine profonde, à quelque chose de  très ancien, à l’intérieur.  

 

- Si je te demande de fabriquer TON tambour idéal aujourd’hui, est ce que tu peux me le  décrire ? 

- Je ne sais pas comment il est mais je sais comment je le ferais… Je prendrais un temps pour choisir ma peau, l’observer, la toucher, ressentir sa vibration, je prendrais un temps pour choisir le bois, interroger l’arbre qui m’appelle et je prendrais un temps méditer, respirer.  

Après la fabrication du cadre et le traitement de la peau et j’irais près de la rivière, le faire naître. 

Aujourd’hui, je choisirais une peau de bison : elle dégage une espèce de fougue et de vitalité  magnifique et en même temps elle me relie à quelque chose de très ancien, à mon propre archaïsme. On trouve dans  les Pyrénées des représentations de bison datant de 25 mille ans avant JC, ça nous lie à l’origine de l’humanité. 

 

- Pour toi, où est le meilleur endroit du monde pour jouer du tambour ? - Dans la forêt des Arbailles en Soule, une des 7 provinces du pays basques .  

 

- Pourquoi cette forêt plutôt qu’une autre ?  

- Parce qu’il y a des grottes !  

 

- Ah ! Mais alors tu jouerais dans la forêt ou dans une grotte ? 

- Les deux ! Je jouerais devant la grotte pour demander l’autorisation de demander.  On ne rentre pas comme ça dans une grotte. Il y a des offrandes à faire avant...c’est un endroit sacré. J’aime bien ce choc entre les temps sacrés des retraites loin du monde, ces moments où l’on se  ressource, où l’on entre dans une autre temporalité que celle du quotidien. On a besoin de ces  temps opposés. 

 

- Tu fais souvent ces retraites ?  

- J'essaye...le plus possible ! En ce moment avec les enfants ce n’est pas toujours évident mais quand c’est  possible, au moins une fois par mois. 

 

- Ton meilleur souvenir musical ? 

- Pendant une cérémonie. C’est une messe de nuit, les moines chantent, c’est le matin de  Pâques, il y a une vingtaine de de moines très âgés qui chantent en choeur le retour de la lumière.  

 

- À ce moment-là tu as quel âge ?  

- 35 ans 

 

- Ton 1er souvenir de musique ?  

- Un groupe de rock à Nantes ! J’étais avec mes parents, c’était dans les années 80, du bon rock  fusion de la scène nantaise. Je me souviens de la chanteuse qui avait une masse de cheveux  très frisés genre choucroute des 80’s et le batteur était mon parrain. 

 

- Jouer ou écouter ? 

- Les deux mon capitaine ! L’un de va pas sans l’autre. 

 

- Tu préfères jouer du tambour seul ou en collectif ?  

- J’aime les deux ! Être en relation avec mon tambour c’est une expérience super, il se crée un  truc très particulier entre le son et les harmoniques. Tu te retrouves vraiment face à ton instrument et face  à toi-même. 

En groupe c’est très différent, grisant, il y a un phénomène de transe qui se met en  place mais tu n’as plus cette intimité avec ton instrument : tous les tambours forment un cœur,  une unité.

 

- Tu joues tous les jours ? 

- Oui ! Même si je ne joue pas tous les jours avec mon tambour, j’adore découvrir chaque tambour que je fabrique. C’est mon quotidien. 

 

- Ton rapport à l’animal / à la peau a une grande importance je crois, est ce que tu peux  m’en dire un peu plus ?  

- Pour moi c’est le sensible, c’est toute notre relation au « senti », d’ailleurs beaucoup de gens  sont en réaction avec les peaux animales, c’est normal, c’est en lien avec notre sensibilité qu’il  faut dompter. Être sensible est essentiel mais si on n’arrive pas à se décoller de notre ressenti et  à le mettre de la distance, c’est infernal.  

Je passe par en temps d’observation de la peau, je la touche, je la sens. Je visualise l’espace à découper  pour faire le tambour. La peau c’est aussi quelque chose qui a été enlevé à un animal, son esprit est toujours là. 

Par empathie, il est possible de  ressentir les circonstances de sa mort. C’est pourquoi il y a un travail sur le plan vibratoire à faire. C’est un travail de  nettoyage des mémoires qui est nécessaire et primordial. C’est comme “réniformer” chaque cellule que la vie est  toujours la même si l’état lui n’est plus le même. Ce sont les Métamorphoses. Je suis en relation avec une vibration, une  énergie. J’essaie de faire en sorte d’instaurer une douceur, avec des rituels qui passent par l’eau. 

J’installe toujours dialogue avec la peau, pour moi la médecine est là : si ce travail de mémoire  n’est pas fait, autant acheter des tambours industriels. Les peaux ont besoin de repos avant qu’on  les transforme. 

 

- Ta collection de tambours perso est immense ou plutôt « syndrome du cordonnier mal  chaussé ? » 

- J’ai 1 tambour ! Mais je les voudrais tous !  

 

- Il est comment ?  

- Très simple : en peuplier, très léger. C’est la peau d’une brebis que j’ai connu et sacrifié. 

 

- Comment tu sensibilises tes enfants à l’univers du tambour ?  

- Je les laisse aller, j’ai trois enfants et ils ont tous les trois une relation très différente avec le  tambour. Mais c’est très intime comme approche alors je les laisse faire comme ils sentent. Le  petit dernier est le plus attiré par l’instrument pour l’instant. Ils ont chacun leur tambour et ils le  sortent de temps en temps: le premier qui se met à en jouer  et il entraîne  les autres... et c’est parti pour une cacophonie de quelques minutes ! 

Le tambour permet de mettre en lumière l’écoute avec les enfants. Ça peut vite être le chaos, ça le met en évidence ainsi que le manque d’écoute et en même temps c’est simple à jouer, il suffit d’avoir une oreille à l’intérieur et une autre à l’extérieur...c’est une belle métaphore non? C’est ce que j’essaye de leur inculquer.

 

- L’acquisition d’un tambour est un moment particulier. En tant que fabricant et conseiller, est  ce qu’il t’est déjà arrivé de dire à quelqu’un « pour vous ce n’est pas le moment » ?

- Non, ce n'est pas mon rôle, pas ma place. Je pense que les chemins qui mènent au tambour sont nombreux et que quelque soit la manière dont le tambour  arrive dans la vie, il y a une raison. Que celle-ci  soit connue ou qu’elle se cherche finalement c’est la même chose. Certaines personnes ont déjà une intention très claire et pour d’autres  c’est peut-être le tambour qui va la révéler.

 

- Tu es plutôt pessimiste ou optimiste ? 

- J’essaie réaliste ! Je fais mon possible pour rester dans une forme de discernement et pour ne  pas tomber dans des formes d’excès...c’est ma tendance, je peux facilement devenir très pessimiste ou très optimiste. 

 

- Tu nous parles du tambour aujourd’hui ?  

- Le tambour c’est tout nouveau en France. Il y a 10 ans, quand je m’y suis intéressé, c’était  quelque chose de très rare. 

Les rares personnes qui en “possédaient” étaient celles qui avaient voyagé.

Le monde occidental s’ouvre peu à peu aux médecines du monde. Les hommes blancs cherchent des réponses, ce qui est bon signe. Les gens cherchent des réponses à des problèmes auxquels ni la religion, ni la science n’ont pu répondre. Ils vont les chercher dans les enseignements du monde  entier : Bouddhisme, Chamanisme...Mais la réponse est en soi!

On trouve des pratiques liées au tambour aux quatres coins de la planète, en Afrique de l’ouest, dans la tradition amérindienne sur le continent Américain, dans le peuple Sami en scandinavie, ou encore à l’Est en Sibérie ou en Mongolie...jusqu’au Japon.

Toutes sont en lien avec la question de la communauté. Je crois que s' il  y a un tel engouement en France pour le tambour, c’est qu’il y a une vraie conscience qui se cherche, on assiste aux prémices de quelque chose de nouveau...d’une nouvelle manière de vivre ensemble?